Qu’appelle-t-on développement ?

Le terme "développement durable" est à la mode, et c’est tant mieux. Mais si tout le monde s’accorde à peu près sur la notion de durabilité, telle que formulée il y a plus de vingt ans par la Commission Brundtland (satisfaction des besoins de notre génération sans obérer la capacité des générations futures à satisfaire les leurs), il y a probablement plus d’ambiguïté dans le terme "développement". Nous adopterons ici le point de vue du PNUD (Programme des Nations Unis pour le Développement) :

Les êtres humains constituent la véritable richesse des nations. L’objectif premier du développement est de créer un environnement permettant de vivre longtemps, en bonne santé et de manière créative. La préoccupation immédiate que constitue l’accumulation de biens et de richesses fait souvent oublier cette vérité fondamentale. L’intérêt excessif porté à la croissance économique, à la création de richesses et la prospérité matérielle a occulté le fait que le développement est avant tout centré sur la personne humaine.

Trois indicateurs essentiels pour décrire le développement sont sans doute la possibilité de vivre longtemps et en bonne santé, d’acquérir le savoir et d’avoir accès aux ressources nécessaires à un niveau de vie décent. Si ces conditions essentielles ne sont pas réunies, de nombreuses autres opportunités demeurent inaccessibles. La croissance économique doit être envisagée comme un moyen, certes important, mais non comme l’objectif ultime du développement.

Depuis 1990, le développement humain est mesuré ordinairement au moyen de l’indicateur de développement humain IDH, qui compte quatre variables : l’espérance de vie à la naissance ; le taux d’alphabétisation des adultes ; le taux de scolarisation global aux niveaux primaire, secondaire et supérieur - ces deux taux représentent la dimension de l’acquisition du savoir ; et le PIB réel par habitant exprimé en parité de pouvoir d’achat (PPA), qui représente les ressources nécessaires pour garantir un niveau de vie décent.

Bien sûr, l’IDH ne constitue pas une mesure exhaustive du développement humain. Comme il se concentre sur les trois aspects essentiels indiqués plus haut, inévitablement, il ne peut pas tenir compte des nombreuses autres dimensions importantes du développement humain (par exemple, les libertés, les droits de l’Homme, etc.). C’est aussi un indicateur de moyenne qui ne rend pas compte des disparités et des inégalités au sein des pays.

 

Et l’énergie ?

Même si l’énergie n’est pas un besoin primaire de l’être humain comme le sont boisson et nourriture, habits et logement, santé et éducation, mobilité et communication, elle a cette particularité de contribuer à la satisfaction de tous les autres besoins : irrigation, engrais et agriculture nécessitent de l'énergie; cuisson des aliments et réfrigération des denrées réclament de l'énergie ; construction et chauffage de logements (sans parler de climatisation) sont consommateurs d'énergie; les transports sont très gourmands en énergie, et même les moyens modernes d'information, de communication et de traitement des données seraient inconcevables sans électricité, forme d'énergie particulièrement élaborée.

Depuis la maîtrise du feu, le développement de l'Homme s'est accompagné d'une consommation accrue en énergie, et d’une diversification de ses usages : le feu servait à se chauffer, cuire la viande, durcir la pointe des épieux et écarter les bêtes sauvages. L’énergie animale a permis l’agriculture et les transports. Le vent et les rivières ont permis les industries naissantes, qui ont pris leur essor avec le charbon et la machine à vapeur. Le pétrole a commencé sa carrière dans l’éclairage - en sauvant les baleines de l’extinction précoce - avant de permettre une expansion extraordinaire des transports terrestres puis aériens, et l’électricité, vecteur particulièrement souple, indispensable aux secteurs domestique et tertiaire, permet d’utiliser toutes les sources primaires disponibles.

A l’aube du XXIè siècle, l’accès à l’énergie est très différent d’une région à l’autre : un habitant du sous-continent indien doit se contenter de 0,4 tep par an, tandis qu’un Européen en dispose de 4 et un Américain de 8. Or s’il est évident qu’un Européen jouit d’un niveau de vie très supérieur à celui d’un Indien, qui prétendrait qu’un Américain vit deux fois mieux que le premier ? Inversement, sans un accès minimal à l’énergie, il n’y a pas de développement possible.