Sous l’appellation de biomasse traditionnelle, on désigne un ensemble hétéroclite de produits plus ou moins directs de la photosynthèse : bois de chauffe, déchets agricole et déjections animales. Alors qu’elle est utilisée par l’Homme sans interruption depuis 400 000 ans, la biomasse traditionnelle est souvent oubliée dans les statistiques énergétiques parce qu’elle est "non commerciale". Elle assure pourtant en ce début de XXIè siècle 10 % environ de la consommation mondiale d’énergie : plus d’un milliard et demi d’hommes – un quart de la population mondiale – ne peut compter que sur elle pour la cuisson des aliments et un peu de protection contre le froid.

Mais la combustion rustique de tous ces produits en foyers ouverts peut être très polluante, avec un impact grave sur la santé publique. En outre, leur surexploitation entraîne une déforestation qui contribue significativement au réchauffement climatique.

Tout au long de leur histoire, les hommes ont employé les ressources végétales et animales de leur environnement à divers usages non alimentaires : pour se vêtir, se défendre, se chauffer, cuire leurs aliments, cultiver, s'abriter, se meubler, etc. A partir du milieu du 19ème siècle, les combustibles fossiles et leurs produits dérivés ont remplacé la biomasse dans beaucoup de ces usages. Le bois constitue néanmoins toujours la ressource essentielle pour se chauffer et cuire les aliments dans les pays où il est disponible et parmi des populations qui n'ont pas les moyens financiers d'utiliser les combustibles fossiles, au risque d'épuiser cette ressource.

La combustion de la biomasse traditionnelle fournit environ 1 Gtep par an, soit environ 10 % de la consommation mondiale d’énergie primaire, mais localement, dans une grande partie de l’Afrique notamment, elle assure plus de 90 % de la consommation domestique. En France, bien dotée en forêts entretenues, le bois-énergie produit 9,4 Mtep/an soit 3,4 % de l’énergie primaire. La France se situe ainsi au premier rang de l'UE à 15 pour la consommation de bois-énergie, mais elle se situe loin derrière la Finlande, la Suède et l'Autriche pour sa consommation par habitant.

Il faut noter que le rendement de la photosynthèse est très faible, mais l’énergie solaire est si abondante…

Une évaluation globale légèrement plus optimiste de Marc Cantegril est la suivante :
"Sous nos latitudes, 1 hectare de forêt reçoit dans l’année 3500 MWh d’énergie solaire et produit 10 tonnes de biomasse sèche, soit un peu moins de 50 MWh". Rendement = 1,4 %

 

On croit que la biomasse est automatiquement renouvelable, mais cela dépend beaucoup du taux de prélèvement. Le développement de l’humanité s’est accompagné d’un défrichage massif des forêts de la planète pour exploiter le bois de chauffe et, surtout, pour étendre la surface cultivée. Aujourd’hui, alors que la déforestation continue à grande échelle en Amérique latine, en Afrique et en Indonésie, l’Europe et, plus récemment, l’Asie reboisent. Le bilan global reste très négatif, même si on constate une certaine décélération:
Entre 1990 et 2000, la déforestation nette était de 8,9 millions ha par an, de 2000 à 2005, ce taux est descendu à 7,3 millions ha par an (environ 200 km2 par jour !). La déforestation est responsable de la désertification de régions entières comme le Sahel.

 

Dans le Tiers Monde, particulièrement en milieu rural, 2 milliards et demi de personnes utilisent bois, charbon de bois, bouses et déchets agricoles pour leurs besoins culinaires, qui représentent souvent 90 % de leur consommation domestique d’énergie.

Outre la déforestation, les conséquences sur la santé publique sont désastreuses : environ 1,3 million de personnes, surtout femmes et enfants, meurent prématurément chaque année du fait de la pollution atmosphérique dans les locaux d’habitation, pollution causée par les conditions de combustion de la biomasse. C’est plus que la malaria (1,2M) et à peine moins que la tuberculose (1,6M) ! Enfin, le temps passé à la collecte du bois et des déchets agricoles l’est souvent au détriment de l’éducation ou d’occupations rémunératrices.

 

Brûler du bois ne fait que restituer à l’atmosphère du gaz carbonique que la biomasse y avait prélevé par la photosynthèse. En termes d’effet de serre, à masse constante, la biomasse est globalement neutre. Mais du fait de la déforestation, la masse n’est pas constante, et la disparition des forêts conduit à l’émission chaque année dans l’atmosphère de 2 milliards de tonnes de carbone, ce qui a un effet significatif. En outre, la biomasse qui pourrit sous eau se transforme en méthane, dont l’effet de serre est 25 fois plus puissant que celui du CO2.