Le pétrole est connu depuis l’antiquité. C’est lui, le bitume qui, selon la Bible, a servi à étancher l’arche de Noé et le berceau de Moïse, c’était aussi lui, l’ingrédient principal du "feu grégeois" arme secrète des Byzantins. Le pétrole a aussi ses lettres de noblesse écologique, car la lampe à pétrole, en remplaçant la lampe à l’huile de baleines, a sauvé celles-ci de l’extermination. Mais ce sont l’automobile et l’avion qui lui ont donné son importance mondiale : aujourd’hui, le pétrole fournit plus du tiers de l’énergie primaire utilisée par l’humanité, et les transports routiers, ferroviaires, maritimes, aériens et fluviaux dans le monde dépendent à 97 % des produits pétroliers.

Facile à transporter et à stocker, carburant idéal, le pétrole est malheureusement réparti très inégalement dans le sous-sol de la planète, ce qui a été la source de nombreux conflits au fur et à mesure que son importance grandissait. Celle-ci devrait bientôt décroître quand on aura atteint le fameux "peak oil", mais ce n’est pas demain qu’on se passera du pétrole.

   
   
   
   
   
   
 
 
Les hydrocarbures sont des substances dont les molécules sont formées essentiellement d’atomes de carbone et d’hydrogène. On les trouve sous trois états : sous forme gazeuse, le gaz naturel et le gaz de pétrole, sous forme liquide, le pétrole et les condensats de gaz naturel, et sous forme solide, les bitumes. Le pétrole est un liquide constitué par un mélange d’hydrocarbures divers, dont la composition dépend du gisement où on le trouve, et d’un certain nombre d’impuretés. Les produits pétroliers sont extraits des pétroles bruts par distillation, des bitumes au GPL.
 
 
 
Le pétrole et le gaz résultent de la décomposition par la chaleur, en l’absence d’oxygène, de restes d’algues et de plancton tombés à leur mort au fond des océans et progressivement recouverts par des sédiments. Entre 2500 et 5000 m et sous l’action des hautes températures qui y règnent, ces matières organiques se transforment en pétrole liquide accompagné de gaz. A plus de 5000 m, le pétrole "craque" à son tour et se transforme en gaz.

Une fois formé, le pétrole remonte vers la surface car sa densité est inférieure à celle de l’eau salée qui sature les interstices des schistes, des sables et des roches carbonifères qui forment la croûte terrestre. S’il rencontre en remontant une couche imperméable; le pétrole est emprisonné et un gisement de pétrole se forme. Dans les poches de pétrole ainsi constituées, du gaz naturel (plus léger) s'accumule dans la partie supérieure. Les roches des parties inférieures d'un gisement sont remplies d'eau. Toutefois, la majeure partie du pétrole ne rencontre aucun rocher imperméable et remonte librement à la surface de la terre ou sur le fond des océans.

 
Il existe des centaines de sortes de pétrole brut à travers le monde. Les plus connus sont :

- l'Arabian Light (le brut de référence au Moyen-Orient),
- le Brent (le brut de référence en Europe),
- le WTI (West Texan Intermediate, le brut de référence Américain).

Plus un brut est léger, plus il est apte à fournir une large gamme de produits raffinés, et plus il est cher.

Bien sûr, le pétrole est avant tout une source d’énergie, la plus importante source d’énergie primaire dans le monde. Les produits pétroliers sont utilisés pour le chauffage des locaux et la fourniture de chaleur industrielle. Le fioul lourd reste une source d’électricité même si son importance a beaucoup diminué depuis 1973, et, surtout, l’essence, le fuel et le carburéacteur sont à l’origine de 97 % des transports mondiaux, toutes catégories confondues.

Mais le pétrole est aussi une précieuse matière première, utilisée presque directement en sortie de raffinerie ou base de la pétrochimie. 95 % des bitumes utilisés dans le monde, notamment comme revêtements routiers souples, sont d’origine pétrolière. 95 % des lubrifiants divers proviennent également du pétrole. Le bitume consomme environ 100 Mt/an de pétrole, et les lubrifiants, 50Mt/an.

Quant à la pétrochimie, c’est elle qui, par une série de transformations chimiques produit les matières plastiques, les fibres textiles synthétiques, les caoutchoucs synthétiques, les colles et adhésifs, les détergents et autres lessives, et une bonne partie des engrais azotés. En fait, c’est environ 8 % de la production de pétrole qui est utilisée dans la pétrochimie, soit 200 Mt/an.

 
 
 
La carte ci-dessus (BP 2007) souligne à quel point la distribution de pétrole dans le sous-sol de la planète est hétérogène. Avec plus de 100 milliards de tonnes, le Moyen Orient est crédité à lui tout seul de 62 % des réserves prouvées mondiales. Il s’agit, en outre, de pétrole de bonne qualité dont l’extraction est très peu onéreuse.
 
 
On voit que, contrairement au charbon, c’est 57 % du pétrole qui est consommé hors du pays qui l’a produit : sa facilité de transport et de stockage est une grande qualité du pétrole (et des carburants liquides en général).
 
Le transport du pétrole et des produits pétroliers s’effectue dans des oléoducs terrestres ou dans des navires pétroliers, les "supertankers". Ces transports sont relativement bon marché, mais leur concentration peut devenir source de vulnérabilité : la majorité des transports maritimes doivent emprunter un nombre très limité de détroits : Hormuz, Malacca, le Bosphore, Suez. En outre, les naufrages de supertankers causent les fameuses marées noires (Torrey Canyon, Amoco Cadiz, Exxon Valdez, Prestige, Erika, etc.).
Le pétrole n’est pas utilisé directement à l’état brut, il est consommé sous forme de produits issus du raffinage : essence, gazole, carburéacteur et fioul, jusqu’au bitume. Une raffinerie effectue ces transformations en deux étapes :

- Distillation fractionnée des pétroles bruts pour séparer leurs constituants en fonction de leur plus ou moins grande volatilité (plus le produit est léger, plus il est cher),
- Purification de chacun des produits par des traitements physiques et chimiques ainsi que de savants mélanges.

Toutes ces opérations sont consommatrices d’énergie (chaleur, vapeur, électricité, air comprimé) et aussi de produits chimiques. Comme le marché demande de plus en plus de produits légers, essence, gazole et carburéacteur, les raffineries comportent de plus en plus d’unités de craquage transformant les produits lourds en produits légers.

Avec 1400 milliards de dollars, le commerce des combustibles (où les produits pétroliers se taillent la part du lion) a représenté 13,8 % du marché mondial des marchandises, ou 53,9 % de celui des matières premières. On conçoit dans ces conditions que l’économie mondiale soit très sensible aux variations des cours du brut. Plusieurs événements historiques permettent d'expliquer en partie l'évolution des prix depuis 1973.

Les deux premiers chocs pétroliers 1974 et 1979.
Le prix de référence du pétrole passa de 2,59 US $/baril à 35 US $/baril de septembre 73 à 1981. Ces prix élevés conduirent à pousser la production hors moyen orient. En France, ils déclenchèrent l’accélération du programme électronucléaire et la promotion des économies d’énergie.

Le contre-choc de 1986.
L'Arabie Saoudite décida de doubler sa production en 1986 : Les prix s'effondrèrent alors pour revenir à un niveau inférieur à celui de 1974. A part un pic pendant la première guerre du Golfe, le déclin des prix s'accentua jusqu'en février 1999 pour atteindre 10 US $/baril. Puis à partir de mars 99, à la suite d'un accord de réduction de la production des pays producteurs, les prix se sont stabilisés aux environs de 25 $ le baril.

L’arrivée de la Chine.
Depuis le début des années 2000, le cours du pétrole a connu un niveau historique très élevé. Cette hausse s'explique notamment par le dynamisme de l'économie chinoise et l'émergence de pays nouvellement industrialisés qui tendent à augmenter leur consommation d'énergie.

Entre le coût d’extraction du brut et le prix de l’essence à la pompe, l’essentiel de la différence est du à la fiscalité du pays producteur et, surtout, du pays consommateur.
Depuis 1980 environ, chaque année, on trouve du pétrole mais chaque année, on en brûle presque deux fois plus qu’on en trouve. Or on ne peut produire, une année donnée, que du pétrole déjà découvert une vingtaine d’années plus tôt. On voit donc bien que la situation ne peut pas durer éternellement et qu’un jour la production ne pourra plus suivre la croissance de la demande : on sera au "pic pétrolier".
Les pessimistes considèrent que le pic est imminent (avant 2010) et brutal. D’autres pensent qu’il ne se produira pas avant 2030, et envisagent plutôt un plateau qu’un pic.
Nous retiendrons que la production pétrolière va culminer dans relativement peu de temps, avec à la clé une escalade inévitable des prix du baril qui provoquera un basculement sur les autres sources d’énergie, mais aussi une aggravation de la situation économique des pays pauvres non producteurs.

Le pic ou le plateau sera suivi d’une décroissance, et d’une spécialisation du pétrole sur ses usages où il est le plus difficile à remplacer, mais la fin du pétrole est encore très lointaine.