Tout le monde sait qu’il faut aller chercher son essence à la station service, et qu’elle y est arrivée par camions-citernes venant d’une raffinerie, elle-même alimentée par des supertankers venant de pays pétroliers : le pétrole est une source d’énergie, mais l’essence est un vecteur d’énergie, qu’il a fallu fabriquer. Pour l’électricité, c’est si facile de se brancher sur sa prise murale qu’on oublie parfois qu’elle aussi, il a fallu la fabriquer à partir de sources primaires diverses et l’acheminer jusqu’à la prise de courant : l’électricité non plus n’est pas une source d’énergie, l’électricité est un vecteur d’énergie, et un vecteur très commode !

 

En 2007, plus d’un quart de l’humanité n’est pas raccordé à un réseau électrique. Sans éclairage électrique, c’est difficile de faire ses devoirs et d’apprendre ses leçons le soir. Sans réfrigérateur, on ne peut guère conserver vaccins et médicaments, sans parler de la nourriture fraîche. Il n’est donc pas étonnant que l’on constate une corrélation entre accès minimum à l’électricité et santé publique, alphabétisation, etc. Chaque année, le Programme des Nations Unies pour le Développement PNUD publie, par pays, un Indice de Développement Humain IDH, qui combine des indicateurs de santé publique (espérance de vie, mortalité infantile), d’éducation et de richesse nationale.

 

La figure ci-dessus illustre qu’en deçà d’un minimum d’accès à l’électricité, il n’y a pas de développement. Inversement, à partir d’un certain niveau de consommation, il n’y a plus de corrélation : c’est la zone du confort (où se situe bien évidemment l’Europe), voire du gaspillage.

Ce n'est pas non plus par hasard que l'électricité occupe une part croissante dans la consommation d'énergie de tous les pays développés, et que toutes les projections confirment cette tendance.

 

A ses origines, l'électricité a principalement été utilisée pour l'éclairage, puis pour les moteurs. Sont ensuite apparus les usages électrochimiques (électrolyse, fabrication du chlore, de la soude, de l'aluminium, etc.) : à l'issue de la seconde guerre mondiale, éclairage, force motrice et électrolyse constituaient la quasi-totalité de la consommation électrique. Les usages de l'électricité se sont, depuis lors, fortement diversifiés avec, notamment, l'électroménager, l'électronique, l'informatique et les communications.

 

Comparée aux autres formes d'énergie, l'électricité présente des avantages spécifiques et souvent uniques :

1. L'électricité est un carrefour privilégié de conversion des différentes formes d'énergie entre elles. Imaginerait-on de transformer de l'énergie mécanique en énergie chimique ou lumineuse sans passer par l'électricité ?

2. La substitution d'électricité à d'autres énergies primaire permet souvent une amélioration marquée des rendements, et donc de l'efficacité énergétique globale des processus quand on les mesure « du berceau à la tombe ».

3. L'électricité permet la décentralisation des moteurs et des contrôles, mettant ainsi à disposition du citoyen moyen une foule d' « esclaves » mécaniques et électroniques à faire pâlir d'envie un patricien romain.

4. A l'exception du chauffage, l'utilisation des énergies renouvelables passe peu ou prou par le "vecteur" électrique (production, transport et distribution).

5. L'électricité est le vecteur privilégié, sinon unique, de l'information et de la communication (même le photon qui voyage dans une fibre optique est produit et modulé par des électrons…).

6. L'électricité est une énergie propre dans les phases de transport, de distribution, et d'usage final : pas de pollution, pas de gaz à effet de serre sauf l'ozone. Elle l'est également dans la phase de production s'il s'agit de nucléaire, d'hydraulique, de solaire ou d'éolien.

En regard de cette liste, non exhaustive, l'électricité présente une faiblesse considérable : elle ne se stocke pratiquement pas, sauf en quantités minimes et à un coût élevé dans des accumulateurs. On peut la stocker indirectement (stations de pompage, volants d'inertie, voire enrichissement isotopique), mais cela reste marginal. Il faut à tout moment la produire en fonction de la demande immédiate : l'exemple absolu du "flux tendu" !

C'est cette faiblesse qui explique le rôle encore minime de l'électricité dans le secteur des transports routiers, alors que la première voiture à atteindre les 100 km/h fut une voiture électrique (la jamais contente de Jenatzy…). Aujourd’hui, les transports, c’est le pétrole.

Pour compléter le tableau, il faut ajouter deux propriétés spécifiques dont il est difficile de décider s'il s'agit de qualités ou de défauts :

1. On peut facilement identifier ou retrouver les origines du charbon, du brut, voire du fuel oil que l'on utilise. Une fois dans les fils, l'origine des électrons devient indiscernable. A cause des lois de Kirchhoff, il est même impossible de savoir quel trajet l'électricité aura emprunté entre le producteur et le consommateur… S'il est raccordé au réseau, même s'il paie à sa compagnie un surcoût volontaire pour électricité "verte", même le militant le plus extrémiste de Greenpeace ne pourra pas refuser l'intrusion chez lui d'une part d'électricité nucléaire.

2. Les coupures d'électricité sont presque intolérables dans le tissu social, et dramatiques dans certains cas (service d'urgence des hôpitaux, par exemple). Les grèves d'EdF se font pratiquement sans coupures, et l'interruption de fourniture est presque inconcevable même en cas de non-paiement répété des factures. Le "droit d'accès à l'électricité" est inscrit dans la Loi de lutte contre l'exclusion votée en juillet 1998...

TWh = Milliard de kilowattheures

Dans le monde, le charbon est, de loin, la source principale d’électricité. En France, c’est l’énergie nucléaire. Dans les deux cas, la contribution des énergies renouvelables hors hydraulique est encore faible, mais elle croît rapidement.