Les questions les plus posées :

- On nous fait peur avec l’effet de serre, mais si la prochaine glaciation est proche, on sera bien content d’avoir un peu plus chaud !

Notre période tempérée dure en effet depuis 10 000 ans environ, et c’est à peu près ce qu’a duré la précédente. De fait, Arrhenius, qui a découvert l’effet de serre du gaz carbonique, en 1896, pensait comme vous. Mais aujourd’hui on est convaincu par des considérations astronomiques que notre période tempérée durera 40 000 ans ou plus. Les phénomènes de changement climatiques très rapides causés par l’homme se produisent donc beaucoup trop tôt pour avoir un effet positif !

 

- Au train où on brûle le pétrole et le charbon, on n’aura bientôt plus de CO2 à envoyer dans l’atmosphère, alors pourquoi tant s’inquiéter ?

Il y a encore trop de pétrole et beaucoup trop de charbon pour que les émissions de CO2 diminuent toutes seules avant d’avoir provoqué une catastrophe climatique. C’est bien expliqué par Henri Prévot dans son livre "Trop de pétrole" (Seuil 2007).

 

- En 1973, on nous racontait qu’il ne restait plus que trente ans de pétrole, et maintenant, 35 ans plus tard, on essaie de nous affoler en prétendant qu’il n’en reste plus que pour quarante ans ! De qui se moque-t-on ?

Dans les deux cas, on parle de réserves identifiées et non pas de ressources ultimes. Les trente ans de pétrole de 1973, on les a brûlés depuis longtemps mais, à force d’exploration et de progrès technique dans la production, on a transformé une partie des ressources ultimes en réserves identifiées… mais la quantité totale n’a pas augmenté.

Le problème qui nous pend au nez n’est pas l’épuisement du pétrole, mais, beaucoup plus proche, le moment où la production ne pourra plus suivre la croissance de la demande. Ce jour-là, on regrettera le bon vieux temps de 2008 où le baril ne valait que 100 $.

 

- On dit que le gaz naturel est une énergie propre : est-ce vrai ?

Tout est relatif. Le gaz naturel est du méthane presque pur : sa combustion ne provoque pas de pluies acides et n’émet pas d’aérosols contenant des composés organiques volatils ou des métaux lourds. Il est donc très propre en terme de pollution "classique" par rapport au pétrole et au charbon.

En ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, la combustion du gaz émet deux fois moins de CO2 que celle du charbon, mais c’est encore beaucoup. De plus, le méthane est un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2 : gare aux fuites de gazoducs !

 

- Le nucléaire n’émet peut-être pas de gaz à effet de serre, mais il produit des déchets radioactifs dangereux : c’est bonnet blanc et blanc bonnet !

Les risques des gaz à effet de serre et des déchets radioactifs ne sont pas du même ordre de grandeur.
On relâche des milliards de tonnes de CO2 chaque année et l’on est certain que si l’on continue comme cela on va vers une catastrophe climatique planétaire.
On produit chaque année quelques milliers de tonnes de déchets radioactifs qui sont concentrés, immobilisés, confinés et surveillés. On sait que si l’on continue comme cela, les risques sont très faibles et, au pire, très locaux.

 

- Si les déchets radioactifs sont si peu dangereux, pourquoi ne pas les garder à la surface ? Pourquoi aller les cacher sous terre où on les oubliera un jour ?

Si on veut stocker les déchets de longue durée de vie dans des couches géologiques souterraines stables, c’est pour ajouter encore une barrière entre les radiations émis par de ces déchets et nous. Mais c’est aussi pour protéger les déchets contre des intrusions humaines, volontaires ou non : à 500 mètres sous terre, ils seront à l’abri. L’histoire est beaucoup plus agitée que la géologie…

 

- Tous les "spécialistes" qui veulent nous rassurer quant aux dangers de l’énergie nucléaire sont les mêmes qui nous ont raconté que le nuage de Tchernobyl s’était arrêté à la frontière. Comment voulez-vous qu’on vous croie ?

Rappelons les faits : l’accident de Tchernobyl s’est produit le 28 avril 1986. Les premiers jours, les vents ont emporté les aérosols radioactifs (le "nuage") vers le nord ouest, et c’est la Suède qui a alerté tout le monde. Le soir du 1er mai, les vents ont soufflé vers ouest-sud-ouest et les aérosols ont survolé une bonne moitié est de la France, venus d’Italie et d’Allemagne. Les autorités sanitaires françaises, le Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants SCPRI ont prévenu l’Agence France Presse qui a diffusé l’information : tous les journaux du 2 mai la mentionnent, en pages intérieures. La formule du SCPRI était "la radioactivité a augmenté sur l’ensemble du territoire, sans aucun danger pour la santé".

Malheureusement, la Direction de la Qualité du ministère de l’Agriculture a publié le 5 mai un communiqué disant que le nuage radioactif en provenance d’Union Soviétique a "tout juste frôlé" la frontière est du pays. Voici le vrai début du mythe du "nuage arrêté à la frontière" : ni le SCPRI, ni aucun "spécialiste" du nucléaire n’est à l’origine de cette énormité.

 

- Dans mes proches, je constate beaucoup de cancers de la thyroïde depuis quelques années, et mon médecin me dit que c’est à cause du nuage de Tchernobyl. Et vous, que dites-vous ?

On constate effectivement dans tous les pays développés une augmentation des cancers de la thyroïde diagnostiqués et traités. En novembre 2001, le Groupe de Recherche sur la Thyroïde, de la Société Française d’Endocrinologie a publié l’avis suivant :  Il n’y a pas d’argument scientifique qui conduise à penser qu’en France l’augmentation du nombre des cancers thyroïdiens diagnostiqués soit lié à un "effet Tchernobyl". Ce nombre augmente depuis 1970, sans accélération à partir de 1986, et y compris en Amérique du Nord où il n’y a pas eu de retombées.

La pratique beaucoup plus répandue du dépistage et l’efficacité accrue des moyens de diagnostic (scintigraphie, échographie) explique en partie le phénomène, qui n’est pas, pour autant, totalement élucidé.

 

- Dans le nucléaire du futur, la quatrième génération, etc. on reparle beaucoup des surgénérateurs. Alors pourquoi a-t-on arrêté Superphénix ?

D’une puissance de 1200 MWe, exploité par NERSA (51 % EDF et 49 % d’autres électriciens européens) de 1985 à 1997, Superphénix reste le plus puissant surgénérateur ayant été réalisé.

Le Parti des Verts a exigé l’arrêt immédiat et définitif de Superphénix comme condition sine qua non de son alliance avec le Parti Socialiste et le Parti Communiste pour former la "majorité plurielle" qui a gouverné la France de 1997 à 2002. Sitôt nommé, le Premier Ministre Lionel Jospin a appliqué cette clause de la plateforme électorale et décrété l’arrêt de la centrale, tandis que la Ministre de l’Environnement, Dominique Voynet, veillait à ce que le démantèlement soit devenu irréversible avant la fin de la législature.

Un surgénérateur utilise en gros 80 fois moins d’uranium pour produire la même quantité d’électricité qu’un réacteur nucléaire "classique". Ceci affranchit le nucléaire des limites de ressources en uranium, pour de nombreux siècles : c’est pourquoi, alors que les programmes nucléaires redémarrent un peu partout, on s’intéresse à nouveau à cette famille de réacteurs.

 

- Plus on exploite des gisements d’uranium à faible teneur, plus il faut dépenser d’énergie pour l’extraire. Tient-on bien compte de cette dépense d’énergie dans les bilans du nucléaire ?

Dans une mine à ciel ouvert typique, avec une basse teneur de l’ordre de 2 à 4 kg d’uranium par tonne de minerai, mais presque 20 tonnes de rocher à déplacer pour cette tonne de minerai, On dépense environ 50 MWh, en équivalent d’électricité, par tonne finale d’uranium récupéré:

- 30 MWh pour l’exploitation minière (carburant pour les engines de chantier)
- 20 MWh pour la concentration (électricité pour le concassage)

A ceci, on peut ajouter 10 % au maximum pour “le contenu énergétique” des divers consommables (explosives, réactifs chimiques, etc.).
Dans un réacteur de type EPR, ces 55 MWh sont environ le millième de l’énergie électrique produite par tonne d’uranium naturel ayant servi à la fabrication du combustible.

 

- Au chapitre des énergies de stock, vous citez le lithium comme matière première de la fusion nucléaire, pas le deutérium. Pouvez-vous m'en dire un peu plus là-dessus ?

Les ingrédients de la fusion sont le deutérium et le tritium, deux isotopes de l’hydrogène. Il y a tellement de deutérium dans l'eau ordinaire que ce n'est pas lui qui limite la ressource, tandis qu'il faut du lithium (enrichi) pour fabriquer le tritium.  Comme le tritium a une période radioactive assez courte (12 ans), il faut le fabriquer au fur et à mesure.

 

- "Que faut-il penser de cette carte d'enfouissement des déchets nucléaires produite par l'ANDRA ?
Pour info : je ne suis pas anti-nucléaire. Simplement, je m'interroge, comme beaucoup de gens, sur le traitement des déchets. Est-il techniquement possible de les envoyer dans le soleil ou au centre de la terre ?"

Premièrement, les envoyer dans le soleil serait possible, mais la fiabilité des fusées n'est pas suffisante : les risques de dispersion lors d'une explosion de lanceur sont bien plus grands que le risque de remontée à la surface depuis un stockage géologique profond ! Le centre de la terre est franchement inaccessible, mais il y a eu des études pour enfouir les déchets radioactifs dans une "zone de subduction" où le manteau s'enfonce, lentement mais sûrement, à cause de la dérive des continents. On ne maîtrise pas le phénomène, il est irréversible, et une fois dans le magma ça pourrait ressortir lors d'une éruption volcanique... bref, on en est resté aux études papier.

On a aussi envisagé de les enfouir dans le sous-sol des grandes plaines océaniques (sub-seabed disposal), loin des rifts, mais l'océan est tabou.

C'est pourquoi aujourd'hui on est vraiment convaincu que la meilleure façon d'isoler les déchets à longue durée de vie de la biosphère est de les stocker en profondeur (environ 500m en moyenne) dans une couche géologique qui est restée stable depuis des millions d'années, ce qui est le cas des zones identifiées sur la carte de l'ANDRA : les argiles et les marnes sont des couches sédimentaires très stables, et qui conservent une certaine plasticité leur permettant de se "recoller" après une faille paléo-sismique. Elles contiennent aussi très peu d'eau, et cette eau "géologique" ne migre que très lentement. C'est important parce que la corrosion par l'eau est le seul mécanisme qui pourrait - très lentement - extraire les produits radioactifs dont on a fait des blocs de verre massifs. Encore faudra-t-il que cette eau chemine jusqu'à la surface, sans perdre ses éléments radioactifs en route (et l'argile est un bon "piège" pour la plupart de ces éléments). Pendant ce temps, bien sûr, la radioactivité ne fait que décroître.
 
Ceci pour dire que le stockage géologique profond est vraiment une bonne solution... si les communes voisines acceptent de l'accueillir !

Mais comme on continue les recherches sur le sujet, on ne peut pas exclure que, dans le futur, nos successeurs trouvent une solution encore meilleure : c'est pourquoi la loi du 28 juin 2006 stipule que le stockage géologique soit "réversible" pendant une durée de l'ordre du siècle. Nous ne sommes pas à l'abri du progrès !

 

 

- Pourquoi certains documents relatifs aux centrales nucléaires ont-ils été classés "Confidentiel Défense ?"

Le 20 Août, le magistrat en charge du dossier a classé "sans suite" une procédure engagée contre une organisation antinucléaire pour divulgation d’un document classé "confidentiel défense", document provenant d’EDF et concernant le réacteur EPR.Je ne commenterai pas la clémence de la justice en cette affaire, mais il est vrai que beaucoup de citoyens de bonne foi se posent la question : "Pourquoi une industrie nucléaire, qui se proclame et se veut transparente, garde-t-elle des secrets auxquels le public n’a pas accès ?"

D’autant plus qu’une loi française, loi 2006-686, dite TSN, du 13 juin 2006, légifère justement sur la transparence et la sécurité en matière nucléaire.Pour comprendre ce paradoxe apparent, il convient de distinguer entre deux termes souvent pris l’un pour l’autre : la sécurité et la sûreté.

Dans l’Article 1 de la loi TSN, il est dit :"La sécurité nucléaire comprend la sûreté nucléaire, la radioprotection, la prévention et la lutte contre les actes de malveillance, ainsi que les actions de sécurité civile en cas d'accident."

"La sûreté nucléaire est l'ensemble des dispositions techniques et des mesures d'organisation relatives à la conception, à la construction, au fonctionnement, à l'arrêt et au démantèlement des installations nucléaires de base, ainsi qu'au transport des substances radioactives, prises en vue de prévenir les accidents ou d'en limiter les effets.""La transparence en matière nucléaire est l'ensemble des dispositions prises pour garantir le droit du public à une information fiable et accessible en matière de sécurité nucléaire."

En matière de sûreté, la règle de base est la transparence, et les documents qui la concernent sont accessibles à tout citoyen désireux de se faire sa propre opinion et assez courageux pour absorber d’épais dossiers très techniques et souvent arides. Il y a bien sûr des détails, de fabrication de certains composants par exemple, qui sont couverts par le secret industriel banal. Cet accès ne met pas en cause la sûreté : décrire les systèmes de secours prévus pour refroidir le cœur d’un réacteur en cas de défaillance du système normal n’affectera en rien la fiabilité et le fonctionnement de ces systèmes !

Mais la sécurité comporte aussi la protection et la lutte contre la malveillance et le terrorisme, et là, c’est une autre paire de manches. La divulgation des caractéristiques des systèmes de protection mis en place, et donc, le cas échéant de leurs points sensibles, risque de faciliter les actions malveillantes et donc de diminuer la sécurité : la transparence serait alors nuisible ! C’est un peu comme si, par souci de transparence, on exigeait des banques qu’elles rendent publiques la combinaison de la salle des coffres et l’emplacement de leurs clés ainsi que celui des caméras de surveillance…

Il est non seulement normal mais essentiel que ce genre de dispositifs et de dispositions restent confidentiels, de même que les mesures de protection des matières nucléaires dont on veut prévenir le détournement.Divulguer un document de cette nature est criminel, comme sont criminelles les menaces de mort dont ont été victimes cet été des élus locaux qui avaient démocratiquement porté leur commune volontaire pour accueillir un stockage de déchets nucléaires de faible activité et longue durée de vie… mais ceci est une autre histoire.